Émilie, emballée par le conditionnement…
Svelte, impeccable dans sa blouse immaculée, portant la charlotte avec naturel, une jeune femme vient de prendre tranquillement son service de nuit avec la fraîcheur et le sourire que chacun, ici, lui connaît. Elle pilote une ligne automatisée de conditionnement de soupes au Pontet. Émilie BOUCHÉ a d'abord été captivée par la technologie déployée, ici "chez Campbell", en mécanique, en électronique et en automatismes. Ensuite, sous l'autorité bienveillante de son tuteur en formation, la passionnée de quad et de véhicules tout terrain a eu le temps de prendre la mesure de son métier. Ses deux années d'apprentissage se sont déroulées comme dans un rêve : « La première année, j'étais en binôme avec un pilote. La deuxième année, 6 mois en binôme, mais c'est moi qui opérait. Le pilote contrôlait. Les derniers 6 mois, on nous lâche. Les quatre premiers jours c'est un bon coup de trac assuré, et puis on se dit que si on nous lâche, c'est qu'on a les compétences...» Émilie sait orner le moindre de ses propos d'un sourire charmeur. « J'aime mon boulot. Ce qui est agréable aussi c’est qu'on ne fait pas le même travail tous les jours. » En arrivant, Émilie « prend la relève » du pilote précédent : Instructions sur le produit fabriqué, problèmes rencontrés et contrôles à effectuer toutes les heures. « On n’a pas d'accès direct au produit, c’est une question d’hygiène. Sauf, bien entendu, quand on ouvre les « briques » pour effectuer des contrôles. Du gros tank où elle est stockée, jusqu’à notre machine, on ne verra la soupe nulle part. » Seule femme dans un petit monde masculin, "la petite" fait un peu figure de mascotte. Nul ne se trompe sur sa fragilité toute apparente. De Robert, son ex-tuteur d'apprentissage, toujours aussi attentif et prévenant, jusqu'au collègue le plus "chambreur", Émilie fait l'unanimité : « Je discute de foot, de moto, avec mes collègues. Mais si j’aime les choses réputées masculines ça ne veut pas dire que je sois un garçon manqué. (elle rit) Mes parents ont eu deux filles, ils ont du les élever à la garçonne puisque ma sœur est comme moi.» En 2002, Emilie s'est remise d’une grosse déception en s’orientant vers l’apprentissage : « J’avais énormément travaillé pour le Bac S, il me manquait presque rien pour aller en rattrapage. J’étais d'autant plus dégoûtée, que j’avais fait une demande pour faire un BTS IAA. Le contrôle qualité m’intéressait bien... » L’IFRIA aidera Émilie à sortir de son désarroi et la préparera utilement à l’entretien d’embauche : « On m’a proposé justement le brevet professionnel en me disant que c’était un niveau bac pro et qu’avec mon niveau bac scientifique, je n’aurais pas de problème ; ce qui était vrai… » Cerise sur le gâteau, après trois mois de recherche, Émilie obtient un contrat d’apprentissage dans une usine réputée. La jeune femme va pouvoir, de nouveau, faire le maximum, comme elle a coutume de dire. Dans les pas de son père, non loin d'Apt, son "pays" de coeur, Émilie laissait déjà parler son tempérament. Dès l'âge de 12 ans, chaque année, elle travaillait dans les champs, " on faisait les courgettes, les haricots, la lavande, les pommes de terre... Des choses bien physiques qui dégourdissent pas mal." La gracile silhouette de la "pilote de ligne" est une apparence bien commode, une sorte d'alibi permanent pour la battante Émilie. Son credo est simple et désarmant : « Je veux que tout le monde soit content de moi et que je sois contente de moi, aussi. Alors je m’implique à fond dans mon travail. » Pour l'heure, elle se barde d'expérience. Elle espère "un poste en journée, en rapport avec la production ou la qualité..."
Texte et photo : Didier Rousselle
DRAF-SRFD-CRIPT PACA
Extrait du périodique
« Envie de métiers… dans l’agro-alimentaire »
n°1 septembre 2007
page 1
Aziz, la conscience professionnelle du conducteur de ligne
Cet après-midi de juillet, à Monteux, gardera une saveur toute particulière dans le souvenir d’Aziz ETTAOUDI, à quelques heures de signer son premier contrat à durée indéterminée. Le jeune homme connaît bien la conserverie qui va l’engager ; il vient d’y passer deux ans, en apprentissage. « Je suis un peu ému, oui. J’attends de voir ce que le directeur va me proposer comme salaire. Un conducteur de ligne a beaucoup de responsabilités, il conduit sa machine tout seul, en totale autonomie. » Le mot est lâché, il revient souvent dans la bouche d’Aziz comme responsabilité et confiance… Les jours qui viennent seront déterminants dans la vie du jeune homme. Aussi, une vague inquiétude semble empêcher ce gaillard de 23 ans de savourer pleinement son Brevet Professionnel des Industries Agro-Alimentaires (BP IAA) tout neuf. Ce diplôme de niveau Bac (niveau 4), délivré par le ministère de l’Agriculture, il l’a obtenu avec l’aide du CFPPA « Louis Giraud » de Carpentras et de l’Institut de Formation Régional Agro-Alimentaire (IFRIA PACA). Il bénéficie d’une très bonne cote auprès des employeurs. Aziz entame donc sa carrière professionnelle de « conducteur de ligne automatisée agro-alimentaire » sous les meilleurs auspices. Et comme il vit toujours chez ses parents, il y voit aussi le moyen « de construire un petit chez soi et avoir plus d’indépendance. » Son entourage l’incitait à poursuivre pour un Brevet de Technicien Supérieur (BTS), mais Aziz, préfère tenir que courir. Il veut « gagner sa vie » et balayer les dernières traces de l’angoisse qui l’avait saisie, il y a deux ans, à la même époque : « Le déclic, ça a été le ratage de mon bac chimie. » Il se remémore, bouche pincée, sa hantise soudaine de l'intérim et de la précarité. « Au lieu de redoubler, j’ai voulu trouver une autre branche. Mais, honnêtement, je n’avais pas d’intérêt pour un métier en particulier. » C’est au Lycée Agricole François Pétrarque d’Avignon, à l’occasion de portes ouvertes, qu’il découvre les métiers de l’agro-alimentaire, sur le stand de l’IFRIA, avec une possibilité providentielle pour lui : Accéder à cette formation par l’apprentissage. Tout un monde, jusqu’alors inconnu de lui, va se dévoiler : « L’usine, les machines, se lever tôt... (il rit) J’ai découvert tout ça d’un seul coup. On m’a proposé deux semaines à l’essai, juste pour voir… J’ai dit que ça m’intéressait et après deux mois, j’ai été pris comme apprenti. » Dès lors, Aziz se sentira investi d’une véritable mission. Tout devient sérieux, important, décisif, et le jeune homme discret fait montre d’une détermination à toute épreuve. «Dans ma tête, ce n’était plus vraiment l’école. Je me voyais en professionnel. » C’est le fait d’apprendre et de pouvoir mettre en pratique immédiatement qui ravit le nouvel apprenti. Sa motivation semble décuplée, aussi, par la gratitude : « Mon employeur me faisait confiance et je n’avais pas le droit de décevoir une entreprise qui me donnait ma chance et qui me payait des études. De 51% la première année à 62% du SMIC la deuxième année, c'est loin d'être négligeable.» Plus rien n’est « négligeable » pour ce fils d’ouvrier agricole et fier de l’être. Aziz (le bien aimé en arabe) a quitté son Maroc natal à l’âge de 7 ans. Il n’entend plus se laisser surprendre. Il veut prévoir, se préparer, en toutes circonstances : « Mon arrivée en France, au début, ça a été vraiment difficile. Apprendre une nouvelle langue Découvrir un nouveau pays, s’adapter aux gens … Il m’a fallu un peu de temps... » C’est peut-être depuis lors que le jeune homme a pris cette allure d’arpenteur, solide sur ses jambes, dosant et mesurant gestes et paroles, en prévoyant le pas prochain, sans précipitation. Le regard noir, droit devant, mais en douceur. Aziz avoue déjà qu’il « espère évoluer dans l’entreprise et devenir, dans quelques années, responsable de production. » À la question « comment ? » déjà, ses mains répondent, en se reposant, doucement et puissamment sur la table. « En faisant ses preuves. En étant polyvalent sur toutes les machines. En les connaissant par cœur et surtout en étant attentif et en sachant se faire respecter. » complète-t-il. Aziz n’est retourné au Maroc qu’en décembre 2006. « Ça m’a vraiment plu. J’ai encore mes grands-parents à Fez. Plus tard, j’aimerais bien investir, là-bas, dans l’immobilier. Mais pas pour m’y installer. Ma future femme a une formation de gestionnaire. Elle vient d’avoir son BTS de comptabilité…» Aziz est d’autant plus efficace qu’il habite déjà ses projets, aussi sûrement qu’il vous parle duconditionnement des compotes. De la connaissance du produit qu'il faut avoir, tout en pensant au consommateur… Son œil s’allume « La première fois que j’ai vu nos produits en magasin, j’ai été réellement impressionné. C’est vraiment moi qui… J’ai regardé la date, le numéro… On est fier. »
texte et photo : Didier ROUSSELLE (DRAF-SRFD-CRIPT PACA)
extrait du n°1 de "ENVIE DE MÉTIERS... DANS L'AGRO-ALIMENTAIRE"
Octobre 2007
page 4
Premières impressions et premières satisfactions
au terme du premier jour des premières rencontres euroméditerranéennes de l'enseignement agricole public :
"La première satisfaction de cette journée du 15 décembre tient dans le fait que de nombreux pays soient représentés, et qu'ils aient répondu très favorablement à notre initiative."

Madame Nicette AUBERT, vice-présidente du Conseil Régional Provence Alpes Côte d'Azur ne boude pas son plaisir d'avoir initié les Premières Rencontres Euroméditerranéennes de l'Enseignement Agricole Public, les 15,16 et 17 décembre 2007 à Saint-Rémy de Provence.
Elle s'empresse de préciser que ces journées, voulues par la Région, n’auraient sans doute pas pu se tenir sans l'intervention experte du CRIPT PACA, chargé de l'organisation et de la mise en oeuvre de ce séminaire.
Aux yeux de Madame la Vice-Présidente chargée de l'Agriculture, de la Mer et de la Forêt, "La
réussite est déjà attestée par le nombre et la qualité de participants, tels que le ministre de
l'enseignement technique et professionnel du Yemen, Monsieur HUGARI et par la qualité des
contributions qui ont souligné les constantes de nos préoccupations, sur les questions de la
gestion de l’eau, du réchauffement climatique, du développement durable partagé... À partir de
cette constatation de préoccupations communes, nous aurons la volonté d’avancer ensemble et
de construire une méthodologie commune pour répondre à ces préoccupations…" Madame AUBERT insiste notamment sur le problème des relations entre l'urbain et le rural : "Le retrait de
l'activité agricole dans certaines zones entraine la désertification et a contrario, la concentration de
la population, souvent sur les zones littorales ou autour des grandes agglomérations, a pour
conséquence la fragilisation des populations concernées et la perte des repères culturels." Elle se dit très attachée à ce rapprochement des individus qui prélude à un rapprochement des peuples et fait reculer les a priori qui nourrissent les comportements xénophobes. "Certains pays – dans
leur exposé – ont fait montre d’une grande rigueur intellectuelle et d’une vraie réflexion sur
l’enseignement agricole. Il faut arrêter de parler du clivage nord-sud comme si le nord était riche
et avait les savoirs et les techniques et comme si le sud était pauvre et dépourvu de savoir et de
technologie. Il y a des riches et des pauvres des deux côtés et le savoir n’existe pas qu’au nord…
Nous devons prendre au sérieux le fait que le nord, dans bien des cas, est rattrapé par les
connaissances techniques et les savoir faire des pays du sud. L’intérêt de ces rencontres c’est
justement de se connaître, d’échanger, de se rapprocher, et de mettre en évidence que nous
avons plus de points communs que de différences. Nous devons travailler ensemble au
développement économique et au développement humain. »

