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Pourquoi ne pas faire comme à l'école ?

Moïra VARON, au milieu de ses stagiaires
La formatrice ne perd pas une miette de la prestation de ses protégés.
Morgane LANGLOIS, enseignante en français et psychothérapeute.

Une construction collective dans un cadre privilégié :

 

Moïra VARON est responsable du projet "ETAPS" du CFPPA de Carpentras-Serres :  "Pour un groupe de quinze on est 8 enseignants et intervenants. On encadre, chacun sur sa spécialité. Nous avons souvent une double compétence ; la formatrice en français, Morgane LANGLOIS est aussi psychothérapeute… D'ailleurs, il ne suffit pas d'encadrer, il y a un travail sur la personnalité qui est très important. Les savoirs ne rentrent pas si les savoirs être ne sont pas un peu calmés..."

Férue d'art-thérapie Moïra VARON connait les vertus de l'expression personnelle. La présentation des souvenirs de voyage peut en attester :  "Ils sont rentrés de Pologne il y a deux semaines à peu près. Depuis on a travaillé en trois ateliers … Ceux qui étaient restés ici ont travaillé au tirage des photos, à la  mise en page et à la mise en place de l'exposition… Tout le monde a participé, y compris ceux qui ne sont pas allés en Pologne. Que ce soit, sur la monnaie, sur l’économie en Pologne ou sur un programme « L’alcool en Europe » centré sur l’alcoolisme des jeunes… Chacun a travaillé à sa manière mais il n'y en a que 5 qui vont parler et faire un compte-rendu de ce qu’ils ont vécu…"


Depuis 4 ans, le CFPPA de Carpentras-Serres enregistre des résultats très encourageants, à la hauteur des investissements, en matière d'insertion. "Nous travaillons avec des groupes de 15 jeunes par an. Pour ce travail sur la citoyenneté, on les a préparé, en profitant d’une exposition sur les camps de concentration accueillie par le Conseil Général du Vaucluse. La visite de l'expo a fonctionné comme un véritable déclencheur. Ensuite on a visionné « La vie est belle », et d'autres supports vidéo. On a étudié un peu l'histoire de cette période là. C’est une autre façon de faire cours… Et puis on leur a dit : On va vous emmener voir là-bas ce qui s’est passé. Ils sont revenus assez touchés, de ces lieux très chargés, et aussi très contents d’eux parce qu’ils ont appris beaucoup de choses. Ils ont mis des images sur ce dont ils avaient entendu parler… "


Moïra VARON et Morgane LANGLOIS ont conscience que la commande majeure du Conseil Régional,  c’est qu’il faut être innovant et original. Ne pas faire « comme à l’école » c'est un comportement parfaitement assumé. "Donc, par des biais, par l’art, par le slam, par l’écriture, on arrive à leur redonner envie d’apprendre, surtout. C’est ça l’objectif…"

La situation d'échec ou de grande difficulté vis à vis de la scolarisation requiert une attention particulière qui peut aller jusqu'à l'accompagnement thérapeutique. "On travaille beaucoup sur l'individualisation. Il faut reprendre les savoirs de base : Maîtriser les 4 opérations, écrire correctement en français (une lettre de motivation, par exemple). Nous utilisons d'ailleurs la mallette de lutte contre l'illettrisme..."

 
Pour Morgane LANGLOIS, toute construction requiert une attention soutenue : "Cela date souvent des classes primaires. Il y a des bases qui ne sont pas acquises. On a  commencé à construire une maison sur des fondations qui n’existent pas, donc, forcément, ça ne peut pas tenir. Certains élèves auraient dû être sortis un temps du système et un travail individuel aurait du être fait avec eux, pour reprendre toutes les bases. Cela n’a pas été fait… Après s’installe une problématique liée à l’échec.  L’estime de soi qui tombe avec l’incapacité d’acquérir de nouvelles connaissances puisque l’émotionnel bloque un peu…"

L'accueil et le recrutement des candidats s'opèrent à la Mission Locale où on leur propose cette action pédagogique hors normes. Au CFPPA, au terme d'une période d'essai, une décision commune est prise. "Lorsqu'on décide ensemble d'un contrat écrit, on leur dit qu'il s'agit bien d'une remise à niveau. Que cette remise à niveau est nécessaire pour accèder à tel ou tel apprentissage. C’est vraiment un contrat qu’on signe avec les jeunes. Pendant ce temps là, ils ont une petite participation pour leurs frais, de déplacement, etc. Ils apprécient vraiment la différence entre l’école et la formation pour adulte. Ils se dirigent ensuite sur toutes sortes de formation et pas seulement agricole, bien sûr... Moïra VARON mesure bien l'importance et la qualité des lieux, des outils et des rencontres favorisées par l'établissement d'enseignement : "La chance qu’on a ici, c’est qu’on dispose d'un lieu exceptionnel, avec un vrai atelier et toutes sortes d’outils. On travaille sur l’environnement ; on créé nous même nos peintures avec des ocres de Roussillon, on travaille des fusains que l’on fabrique nous mêmes. On joue aux alchimistes… Les jeunes créent et  ils inventent leurs couleurs. On fait du Land-Art et on utilise la nature comme support… L’atelier d’expression permet d’observer les savoir faire qui nous permettent de suggérer ça ou ça… On fait naître des envies… On utilise toutes les ressources disponibles sur place. Le lieu est très intéressant et l’ambiance aussi ; ils sont intégrés au quotidien avec des Bac Pro ou autres, peu importe. L’intégration commence au sein de l’établissement… Ils se retrouvent en salle informatique avec des BTS qui tapent leur mémoire… Ils ne sont pas à part.Ils sont dans un cadre adapté, dans un environnement agréable, avec un terrain de sports… Ils sortent de la ville pour avoir un espace ici… C’est un vrai privilège qui est limité à 6 ou 8 mois, pas plus. En général, ils sont assez fiers de faire partie du CFPPA. Il faudrait presque les pousser dehors… (rires) Il y en a d'ailleurs qui restent pour un CAP ou un BP agricole...
En revanche, on leur demande beaucoup. Et même si je marche un peu à l’affectif avec eux, je suis très rigoureuse. Ils doivent se comporter comme des professionnels et arriver à l’heure. Ils ont une heure pour manger, pas de déperdition. Ils sont là du matin au soir. Il n’y a pas d’absentéïsme ici ! À 16h30, ils prennent le bus (la plupart d'entre eux n’ont pas le permis).
Quand tout se passe bien, on parvient à leur redonner le goût d’apprendre, l’envie de s’en sortir et d’être un peu responsable de sa vie quoi…"

 

Texte, propos recueillis et photos
Didier Rousselle (SRFD-CRIPT PACA)